La fausse couche du premier trimestre de grossesse : un phénomène naturel mais difficile à vivre

La fausse couche du premier trimestre de grossesse : un phénomène naturel mais difficile à vivre

Si on parle aujourd’hui de plus en plus ouvertement des différents aspects liés à la grossesse et à l’accouchement, certains sujets restent toujours difficiles à aborder.

Ainsi, un fait peu connu du grand public est que jusqu’à 10-15% de toutes les grossesses se terminent par une fausse couche pendant le premier trimestre. Il s’agit d’un phénomène peu étudié dont on parle peu ou pas du tout. Quelles en sont les raisons, existe-il une prévention, comment soutenir les femmes et les couples concernés ? Le Dr Laurent Juncker, médecin spécialiste en gynécologie et obstétrique et  Directeur du Pôle « Femme, Mère, Enfant »  des Hôpitaux Robert Schuman nous explique.

Une fausse couche qui survient pendant le 1er trimestre de la grossesse correspond à une grossesse qui n’évolue pas normalement et qui s’arrête spontanément pendant les 12 premières semaines de grossesse ou 14 semaines d’aménorrhée (comptées à partir du 1 jour des dernières règles). 

Ces fausses couches représentent un phénomène tout à fait normal et naturel. Parmi les raisons les plus fréquentes il faut citer :

  • les anomalies chromosomiques, qui sont considérées comme la cause principale et seraient selon certaines études à l’origine de 70% des fausses couches
  • les anomalies de l’utérus comme les malformations, les polypes, les  adhérences dans la cavité utérine,
  • les infections comme le parvovirus et le cytomégalovirus (CMV),
  • les maladies maternelles comme le diabète, les anomalies de la thyroïde, des coagulopathies  (défaillance dans le mécanisme de coagulation sanguine) et des thrombophilies (prédisposition particulière aux thromboses), l’obésité.

Le risque d’avoir une fausse couche augmente avec l’âge de la mère : on sait aujourd’hui que le taux de fausses couches pour les femmes entre 25 et 29 ans est de 10%, alors qu’après 45 ans il augmente jusqu’à 57%. L’âge du père joue également un rôle, mais ce facteur reste pour le moment beaucoup moins étudié. Le fait d’avoir eu deux ou plusieurs fausses couches augmente également le risque d’une fausse couche par après.  Parmi les autres risques sont identifiées la consommation de tabac et celle excessive de café.

A partir de trois fausses couches, une situation rare qui touche 1% des cas, on parle de fausses couches à répétition. Dans ce cas un bilan médical du couple est établi. Une fois l’origine du problème identifiée, il est alors possible de le traiter, par exemple par une intervention chirurgicale ou traitement médical.

Existe-il une vraie prévention ?

Etant donné que les raisons  les plus fréquentes  pour une fausse couche sont des anomalies chromosomiques, une vraie prévention, au sens propre du terme, n’existe pas. 

Cependant, certains des risques peuvent être diminués, notamment en veillant à une bonne hygiène de vie, une alimentation saine tout en évitant la consommation d’alcool et de tabac. Aucune étude n’a pour le moment montré l’efficacité d’une supplémentation systématique en hormones, ou vitamines, sauf en cas de maladie nécessitant un traitement spécifique.

Les symptômes

Le plus souvent les symptômes d’une fausse couche sont la perte de sang et des douleurs pelviennes, et/ou  la disparation des signes de grossesse. Fait qui reste encore méconnu : une grossesse peut naturellement interrompre son évolution sans aucun symptôme ressenti par la femme. C’est seulement lors d’un examen échographique que le gynécologue constate la grossesse non-évolutive.Il existe aussi des formes compliquées de la fausse couche qui surviennent beaucoup plus rarement et se manifestent par des hémorragies brutales ou une forme infectieuse pouvant même se transformer en sepsis.

Traiter, rassurer, accompagner…

Une fois l’arrêt naturel de la grossesse diagnostiqué, trois options sont possibles : 

l’attente d’une expulsion spontanée naturelle,

une intervention chirurgicale par aspiration sous anesthésie, 

ou un traitement médicamenteux pour accélérer l’expulsion. 

« Selon les dernières études, les trois méthodes ont la même efficacité et le choix  doit se faire en discussion avec la patiente pour trouver ensemble l’approche la plus adaptée à son cas. » précise le Dr Juncker. 

En parallèle de la prise en charge gynécologique, un accompagnement psychologique en fonction des besoins de la patiente et du couple peut être proposé. « Il faut prendre en charge la douleur physique et psychique de la patiente et du couple. » affirme le Dr Juncker.  « L’adhérence au traitement proposé de la part de la patiente est très importante. Il faut rassurer, expliquer, accompagner et laisser le temps au couple concerné d’accepter et de faire leur deuil lié à l’interruption inattendue la grossesse. Une telle approche permettra également à la patiente de déculpabiliser. Mais il ne faut pas banaliser, car ce qui n’est pas grave du point de vue médical peut tout de même être très traumatisant pour une femme ou un couple qui se projette déjà dès le début de la grossesse dans leur future vie de famille avec bébé. »

Lever le tabou sur les fausses couches

La destigmatisation du sujet passe d’abord, selon le Dr Laurent Juncker, par une prise en charge professionnelle et complète et par une vraie éducation à la santé, c’est-à-dire expliquer d’une manière détaillée mais compréhensible les possibles raisons, les différentes possibles approches et rassurer la femme et le couple.

Le désir d’enfant après une fausse-couche

Alors que dans le passé il était conseillé par les médecins d'attendre quelques mois avant de réessayer de concevoir, les études récentes montrent que les chances de retomber enceinte et  de mener à terme cette nouvelle grossesse sont bien meilleures tout de suite après le retour des règles, dans les trois premiers mois qui suivent la fausse couche. 

 "Du point de vue médical et biologique, il n’y pas besoin d’attendre quelques mois entre une fausse couche et une nouvelle grossesse.  Mais certains couples ont besoin de temps pour accepter psychologiquement ce qui s’est passé. Le désir d’une nouvelle grossesse doit donc être discuté au sein du couple, il s’agit finalement d’une décision très personnelle."  précise le Dr Juncker.

Source de l'article

Letz be healthy de novembre.

Auteur : HRS.

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