Dialyse et insuffisance rénale

Dialyse et insuffisance rénale

Focus sur les traitements de l'insuffisance rénale.

L’approche du patient dialysé au CHL

L’insuffisance rénale chronique est une maladie grave et irréversible. Les reins sont dans l’incapacité d’éliminer les substances toxiques, ainsi que la totalité de l’eau ingérée, via les urines  il est donc nécessaire de filtrer le sang, et d’évacuer l’excès de volume liquidien à l’aide d’un circuit extracorporel. De ce fait les personnes souffrant de cette insuffisance doivent se rendre trois fois par semaine en dialyse  durant 4 heures. Le service d’hémodialyse du Centre Hospitalier de Luxembourg(CHL) nous ouvre ses portes. Rencontre avec Fernand Lux, Cadre Soignant Chef et Sabrine Lippens, infirmière à l’unité de dialyse du CHL.

Préparation optimale à l’hémodialyse

Trois consultations pré-dialyse sont proposées au patient, ainsi qu’à sa famille ou à une personne de son choix avant de débuter une dialyse.

Un premier rendez-vous est organisé avec le patient et son entourage afin de fournir un maximum d’informations dans le but de dédramatiser la situation. Telles que les contraintes liées à la dialyse, le quotidien d’un patient dialysé, le régime alimentaire…

Lors du second rendez-vous, le patient aura la possibilité de s’entretenir avec une diététicienne, une psychologue et une assistante sociale. Ces services sont inclus dans la séance de dialyse. Si le patient souhaite avoir recours à l’un de ces services, il pourra s’adresser à l’infirmière responsable de son traitement. Une visite du service de dialyse lui sera aussi proposée. 

La troisième consultation permet d’établir une anamnèse, c’est-à-dire poser des questions au patient sur ses antécédents médicaux et chirurgicaux, ses allergies, sa médication actuelle, etc. afin de planifier ensuite un programme de soins. Fernand Lux précise : « Cette consultation est aussi destinée aux personnes qui viennent d’avoir une transplantation rénale. Nous leur proposons un suivi médical, des soins infirmiers et une éducation à la santé (bonne observance des traitements, vaccinations à jour, difficultés ressenties après la transplantation…). »

Services

Le service de dialyse du CHL est situé au rez-de-chaussée du bâtiment et se divise en deux parties distinctes :

  • un service Limited Care : accueille des patients autonomes dans la prise en charge de leur séance de dialyse (montage du circuit de dialyse, surveillance de la tension artérielle, des paramètres de la machine), durant la séance de dialyse. Les horaires sont compatibles avec les obligations scolaires et professionnelles (6h30 – 23h).
  • un service de dialyse conventionnelle : accueille les patients qui souhaitent une prise en charge totale par l’infirmière.

Prise en charge

A l’arrivée  dans le service de dialyse conventionnelle, l’infirmière responsable vient chercher le patient dans la salle d’attente. Elle contrôle  son poids afin de calculer l’excès de liquides qu’il faudra éliminer de l’organisme lors de la séance d’hémodialyse. C’est le médecin qui  établi un poids idéal (appelé « poids sec »). « Si nous estimons que le poids idéal de la personne est de 80 kilos et qu’elle pèse 84 kilos à son admission, cela signifie qu’elle a pris 4 kilos d’excès de liquides depuis la dernière séance. Il faudra impérativement les éliminer.

L’infirmière emmène ensuite le patient dans l’une des salles de dialyse. Elle prend sa tension artérielle et ses pulsations, lui demande si il a eu des problèmes depuis la dernière séance et calcule la quantité de liquides que le patient doit perdre lors de sa séance de dialyse. Le moniteur est préparé avant l’arrivée du patient. L’infirmière branche le patient à la machine en piquant soit au niveau du bras dans la fistule artério-veineuse, soit dans un cathéter placé dans une veine de gros calibre. Une fois prélevé, le sang est envoyé dans la machine de dialyse via un circuit de circulation extracorporelle où le sang circule jusqu’à un filtre (dialyseur). C’est un rein artificiel qui sert à nettoyer les déchets toxiques de l’organisme. Le programme de la dialyse est fait automatiquement via un système informatique ou manuellement par l’infirmière. 

Lors de la dialyse, le patient est libre de lire, jouer aux échecs, discuter avec les autres patients ou encore travailler à son ordinateur portable, regarder la télévision... L’équipe soignante profite aussi de ce moment pour proposer des séances d’éducations. Les patients sont libres de choisir les thèmes qu’ils souhaitent aborder (nutrition et restriction hydrique, maladies rénales, médication...), afin de lutter contre la dénutrition et d’améliorer leur qualité de vie. A chaque séance le médecin de garde en dialyse ce rend auprès du patient, ainsi que d’autres spécialistes si le patient en fait la demande (psychologue, pédicure, esthéticienne…). La dialyse est vitale pour les personnes qui souffrent d’insuffisance rénale chronique. Ils sont dépendants à vie d’une machine qui remplace la fonction de leurs reins. Pour certains patients, la transplantation pourra être envisagée. », explique Fernand Lux.

Voyage à l’étranger

Chaque patient dialysé peut profiter de séjours à l’étranger. Le service de dialyse du CHL met en contact le patient avec le centre de dialyse choisi (en fonction de la destination de vacances) et transmet le dossier médical nécessaire à la prise en charge du patient. Les trajets entre le lieu de séjour et le centre de dialyse sont organisés. Les séances de dialyse faites à l’étranger sont remboursées par la Caisse nationale de Santé seulement sous certaines conditions. Le service de dialyse du CHL a aussi la possibilité d’accueillir des personnes étrangères pour qu’elles puissent faire leur dialyse durant leurs vacances.

  • L’insuffisance rénale peut débuter très tôt, notamment si l’on souffre d’une maladie héréditaire des reins. Nos patients ont entre 16 ans et 93 ans. La moyenne d’âge est de 72-73 ans.
  • Les principales causes de l’insuffisance rénale chronique sont le diabète et l’hypertension artérielle.

Des recettes à partager en famille et entre amis

Des recettes à partager en famille et entre amis

Peut-on concilier plaisir de table et insuffisance rénale ? Bien sûr que oui ! Sabrine Lippens, infirmière en dialyse au CHL, nous le prouve à travers son livre de cuisine intitulé « Tous en cuisine ! ».

L’alimentation est l’une des premières préoccupations des patients dialysés. Un patient qui souffre d’insuffisance rénale est obligé de suivre un régime spécifique. Il doit en effet surveiller ses apports hydriques, augmenter ses apports journaliers en calories et en protéines animales et végétales (due à la perte des protéines et calories lors de la dialyse), limiter sa consommation  en sel  en aliments riche en potassium « Certains patients insuffisants rénaux sont dénutris. Ils ont tellement peur de dépasser les apports autorisés qu’ils deviennent trop restrictifs avec leur alimentation. Cette restriction est tout aussi dangereuse  pour leur santé. », explique d’emblée Sabrine Lippens.

La cuisine est avant tout signe de partage et de convivialité. Sabrine Lippens a donc voulu montrer à travers son ouvrage qu’il est possible pour les patients dialysés de garder le plaisir de manger et de partager ce moment convivial en famille ou entre amis. « Je voulais montrer aux personnes dialysées qu’ils avait la possibilité de manger variés. et qu’ils pouvaient très bien adapter une recette traditionnelle (bœuf bourguignon, blanquette de veau…) à leur état de santé. Leurs convives ne s’en apercevront pas et apprécieront même les recettes ! Tout est une question d’association d’aliments et de manière de cuisiner. », explique-t-elle.

Il a fallu plus d’un an et demi à Sabrine Lippens pour finaliser son ouvrage. « J’ai  créé les recettes, je  les ai rédigé en français et je les ai fait traduire en anglais et en allemand. Une diététicienne a ensuite vérifiées recettes et a comptabilisé les apports nutritionnels par personne : en énergie (kcal), en protéines, phosphore, potassium et sodium (sel) en fonction des ingrédients proposés dans les recettes. Mon mari et mes enfants ont goûté toutes les recettes et apporté les améliorations nécessaires pour réveiller les papilles gustatives. », précise-t-elle.

Dans son ouvrage, Sabrine Lippens dévoile quelques astuces et donne des conseils. Les personnes suivant un régime végétarien pourront également trouver des idées recettes riches en protéines végétales, ainsi que des recettes pour un repas pris « sur le pouce » tel que des sandwichs.

« Le régime particulier des personnes dialysées est rarement traité dans les ouvrages culinaires. J’ai donc créé un recueil de recettes dédié exclusivement aux « dialysés » qui a été offert aux patients de la dialyse du CHL pour Noel. Mon objectif était de faire un livre de recette pour essayer, le temps d’un instant de faire oublier la maladie. Le pari semble réussit car bon nombre de patients mon fait part de leur satisfaction.  Le succès rencontré m’encourage à écrire le volume II. », conclut-elle.

La dialyse péritonéale : plus d’autonomie et de flexibilité pour les patients dialysés

 La dialyse péritonéale : plus d’autonomie et de flexibilité pour les patients dialysés

Le nombre de personnes atteintes par une insuffisance rénale chronique n’arrête pas d’augmenter  au niveau mondial. Lorsque les deux reins ne fonctionnent plus correctement le corps doit être libéré des toxines, des minéraux et de l’eau excédentaire à travers la dialyse.  En dehors  d’une transplantation rénale il existe encore deux solutions pour purifier le  sang,  il s’agit de l’hémodialyse et de  la dialyse péritonéale. Le Prof Dr Uwe Göttmann, néphrologue à l’Hôpital Kirchberg nous en dit plus.

De quoi s’agit-il ?

L’hémodialyse est une thérapie très répandue et proposée au Luxembourg dans les 5 grands hôpitaux. Elle consiste à faire passer le sang dans un dialyseur à l’extérieur du corps afin de le purifier. Pendant le circuit, le sang du patient est purifié à l´aide d´une membrane semi-perméable qui sépare le sang du liquide spécial appelé « dialysat ». Dans le cas de l’hémodialyse l’épuration du sang se passe à l'extérieur du corps tandis qu’en dialyse péritonéale (DP), les échanges se passent dans le corps (l'abdomen du patient) où le péritoine joue le rôle d’une membrane semi-perméable naturelle.

Comment cela  fonctionne ?

Le péritoine est composé de deux parties : l’une couvre la paroi abdominale, tandis que l’autre entoure les organes abdominaux.  Les deux ensemble se superposent en continuité et forment ainsi la cavité péritonéale.  Le péritoine peut  atteindre 1 à 2 m2 et est très bien irrigué, ce qui favorise son utilisation comme membrane naturelle. En dialyse péritonéale, le patient introduit lui-même le dialysat (la solution stérile composée d’eau et de minéraux utilisée également en hémodialyse)  dans la cavité abdominale à travers un cathéter installé chirurgicalement. Le principe d’échange est le même comme en hémodialyse : les toxines et les autres éléments en excès  « migrent » du sang vers la solution de dialyse au travers de la membrane péritonéale. Le liquide saturé des éléments toxiques en quelques heures sort par le cathéter et est ensuite remplacé par une nouvelle dose de solution de dialyse. Afin d’aider le corps à éliminer l’excès d’eau, la plupart des solutions stériles contiennent du sucre (glucose). Le liquide de dialyse doit être changé  en moyenne 4 fois par jour. Dans certains cas il est possible d’effectuer sa séance de dialyse pendant la nuit : le patient doit alors brancher son cathéter sur le matériel de dialyse avant d’aller au lit, et le traitement est réalisé par une machine spécialement adaptée (appelée « cycler »).

Quel type de dialyse dans quel cas ?

En général, le patient choisit ensemble avec son néphrologue et son entourage la thérapie qui lui convient le mieux en fonction de ses autres maladies éventuelles et de son mode de vie. Par exemple dans le cas de patients souffrant d’une grave pathologie cardiaque, c’est la dialyse péritonéale qui est recommandée car elle est considérée comme plus physiologique et plus proche du  fonctionnement naturel du rein,  ce qui permet une épuration du corps plus « douce ».

En revanche, les patients ayant subi des interventions chirurgicales au niveau de l’abdomen ne peuvent pas toujours avoir recours à une DP. Les patients doivent être en mesure d’effectuer les changements du liquide de dialyse, soit tout seuls soit avec l’aide d’un proche.

Quels avantages  d’une thérapie en dialyse péritonéale ?

  • Un des avantages de la DP est le fait qu’elle assure une épuration du sang  en continu, tous les jours, 24/24h.
  • L’élimination de liquide se déroule doucement et progressivement et non comme en hémodialyse 3 fois par semaine (durée d’une séance 4 heures, donc 12 heures en hémodialyse contre 168 heures pour la DP).
  • Grâce à l’épuration du sang effectuée en continu, le régime alimentaire des patients ne doit pas être si rigide en ce qui concerne les produits contenant du potassium comme les fruits et les légumes  frais.
  • La DP permet aux patients d’être plus autonomes dans leur vie quotidienne et la thérapie réalisée pendant la nuit facilite le retour au travail.
  • En cas de déplacement ou voyage, le patient n’a pas besoin de se rendre dans un centre de dialyse plusieurs fois par semaine.

Et les inconvénients…

L’inconvénient est que le patient doit apprendre à utiliser tout seul le matériel de dialyse. Il porte la responsabilité de la conduite correcte de sa thérapie. Ainsi la DP s’avère difficilement applicable pour certains patients souffrant d’une démence ou qui ne souhaitent pas s’occuper eux-mêmes de leur séance de dialyse. Il faut savoir qu’au tout début de la thérapie les patients sont formés et un suivi régulier est assuré par les professionnels de la santé.

Au Luxembourg

La dialyse péritonéale est proposée dans la plupart des services néphrologiques au Luxembourg, cependant, elle reste  pour le moment très peu appliquée. Les patients doivent se faire présenter par leur néphrologue les deux types de dialyse. En principe il est souvent possible de rencontrer et échanger avec des patients qui suivent déjà l’une ou l’autre thérapie avant de prendre la décision quant au type de dialyse choisi.

Découvrez dès le mois de mars le premier site e-learning au Luxembourg dédié aux patients insuffisants rénaux et leur entourage : www.rena-learning.lu

Un concept d’accompagnement par des informations fiables, des outils multimédia variés validés par des professionnels de santé, et basé sur les principales questions et préoccupations des patients.

Source de l'article

Letz be healthy - Numéro de mars

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